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POLLUTION URBAINE

  • POLLUTION URBAINE

 

Depuis les années 50, les rejets dans les rivières se sont multipliés : Voici un échantillon des principales pollutions de l'eau entrainant la dégradation des milieux aquatiques.

 

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La Dore rivière à saumons

A la mémoire de R. Bachelier et R. Collin,

Ingénieurs des Eaux et Forêts,

en souvenir d'une collaboration

 

Dans les années suivant la dernière guerre sur certaines parties amont du cours de la Dore, le souvenir du saumon ne persistait que très vaguement. Certains anciens gardaient en mémoire quelques scènes de braconnage dans les gorges du « Bout du Monde » sous Sauviat, de nuit, à la lanterne, à l'épervier et à la fourche. D'autres avaient vu dans leur jeunesse une paire de grands saumons blancs au- gourd de « La Mathioune », vaste profondeur d'eau à l'aval immédiat de l'île sous La Valette d'Olliergues. On évoquait aussi les ouvriers, qui, au moment de l'établissement de la voie ferrée, bien placés en hauteur par rapport à la rivière, ne manquaient pas de capturer tout poisson localisé.

Par plaisanterie quelque peu empreinte de dérision demandait-on parfois au jeune pêcheur à la ligne s'il n'était pas parti « attraper le becaire » : poisson fabuleux par sa taille, passé alors aux limites de la légende. Le bécard est avant tout un saumon mâle en avalaison après la fraye et dont la mâchoire inférieure déformée, contractée, évoque un bec. Cette forme verbale patoisante évoquait donc encore le saumon, mais sans qu'un rapprochement étroit s'imposât avec le grand poisson. Dans le langage même des ingénieurs des Ponts et Chaussées (dont les services étaient chargés de tout ce qui concernait les ouvrages hydrauliques) une complète confusion existait d'ailleurs à propos du « saumon bécard » qu'ils considéraient comme un poisson de montée tardive, soit comme une race à part. Or le bécard n'est qu'un saumon mâle, affaiblit par la reproduction, se laissant aller ensuite au fil de l'eau dans une tentative - quelquefois réussie - de retrouver l'océan, et donc plus facile à capturer, mais de qualité très médiocre.

 

POISSONS BARRAGES ET NAVIGATION

C'est par les rapports de ces ingénieurs, rédigés à la fin du XIX siècle, que nous sont connues les premières difficultés qui s'opposèrent aux migrations. Elles étaient alors engendrées par les seuls barrages. Devaient venir dès la fin de la dernière guerre, en s'accroissant, pollutions urbaines, et surtout industrielles, stérilisant frayères et milieu aquatique.

Mieux que tout commentaire la lecture de ces rapports s'impose :

 

Rapport de l'Ingénieur en chef de 1re classe au Corps Impérial des Ponts et Chaussées

 

Monsieur le Directeur Général par sa lettre à Monsieur le Préfet en date du 14 septembre dernier demande qu'on lui fournisse un plan du lit de la Dore, de la position de chacun des moulins de Neyronde et Péchadoire, et des nivèlements qui lui fassent connaître La profondeur du lit de la rivière, la hauteur des basses, moyennes et grandes eaux, et enfin le tirant d'eau des bateaux ou trains qui fréquentent la dite rivière, afin de compléter les renseignements qui lui paraissent nécessaires pour se prononcer sur l'arrêté de Mr le Préfet en date du 30 août dernier, portant que les propriétaires des moulins de Neyronde et Péchadoire établis sur la rivière de Dore seront tenus de démolir les digues et écluses qu'ils ont indûment fait rétablir... les digues de ces moulins qui occupent une très grande longueur et qu'on est obligé d'allonger tous les ans, forcent la rivière, d'occuper une très grande largeur et perdre par conséquent de sa hauteur d'eau et de diminuer par là les moments navigables, que les affouillements considérables et les petites îles qui se forment en aval des dites digues sont autant d'écueils ...

 

Les basses eaux de la Dore sont de 0,30 à 0,40 m suivant la plus ou moins grande sécheresse, les moyennes eaux sont de 1,30 à 1,60 m et les plus hautes eaux connues de 3 m telles qu'elles ont été en 1790 sur une section de 447 m de largeur La navigation ordinaire a lieu sur cette rivière, à 1,30 m de hauteur d'eau et elle est interrompue à 2,30 m; dans son état navigable cette rivière parcourt 1000 mètres en seize minutes. Un train de planches tel qu'on en établit sur la Dore tire à 0,36 m d'eau (14 pouces), un train de mâts tire de 0,41 à 0,535 m d'eau (20 pouces). Les grands bateaux qui naviguent sur l'Allier et qui remontent la Dore jusqu'à Péchadoire ont habituellement 23,40 m de longueur dans le fond (72 pieds), 3,57 m de largeur dans le fond et 4,55 m dans le haut, leur tirant d'eau avec une charge de 27400 kilogrammes est de 0,53 m (19 à 20 pouces), les petits bateaux n'ont que 21,44 m (66 pieds) et ne chargent que 25000 kilogrammes ce qui diminue leur tirant d'eau. On voit donc sensiblement que ces deux espèces de bateaux pourront facilement remonter la Dore jusqu'au port de l'Anneau (sic)... en désobstruant son lit.. La destruction de ces deux moulins amènerait donc cette amélioration et forcerait aussi à établir un chantier de construction de bateaux au port de L'Anneau ce qui diminuerait les frais de transport pour la partie basse de l'Allier qui est obligée de s'approvisionner de bateaux aux ports de Jumeau et de Brassac... Les moulins en question n'existent plus dans leur état primitif puisque, chaque année les propriétaires sont obligés de changer ou d'allonger leurs digues de prise d'eau, ce qu'ils ont toujours fait furtivement et sans demander aucune autorisation à l'autorité compétente ... Il y a quatre à cinq ans... le Sous-Préfet de Thiers ... suspendit par un arrêté la reconstruction de la digue du moulin de Péchadoire, arrêté dont les dits propriétaires n'ont tenu aucun compte puisqu'ils ont exécuté leurs travaux sans y avoir le moindre égard ... [Le phénomène n'est pas nouveau et perdure !] L'ingénieur en chef soussigné persiste à penser que la destruction des moulins de Neyronde et Péchadoire, sera utile à la navigation... et à la conservation des propriétés riveraines du côté de Thiers ... A Clermont-Fd le 15 novembre 1810, Tournon.

BARRAGES ET ÉCHELLES A POISSONS

Barrages nuisibles donc à la navigation en basse Dore, et dans une certaine mesure à la remontée du poisson, celui-ci ne pouvant passer sur l'obstacle qu'au moment de l'ouverture du pertuis de navigation, et risquant aussi d'y être capturé par pièges. La situation est alors encore relativement convenable puisque le saumon pêché, par des moyens certes souvent iIIégaux, en Livradois, figure au menu des Ambertois ainsi que l'indique alors le docteur Mavel. Elle va rapidement se dégrader à la fin du XIX siècle comme le dénoncent deux autres rapports où l’on envisage l'établissement d'échelles à poissons.

Thiers ... le 20 décembre 1890 ... Diverses Assemblées délibérantes du Département ont à différentes reprises émis des voeux favorables à l'établissement d'échelles à poissons dans la Dore. De nombreux barrages opposent à l'heure actuelle des obstacles à peu près infranchissables à la remonte des poissons migrateurs et privent les riverains d'une pêche qui pourrait Otre fructueuse. Les saumons bécards par exemple franchissent assez facilement à la remonte le barrage dit de Martignat 4 l'amont de Pont de Dore, mais ne peuvent guère dépasser pendant les années moyennes le port de Lanaud. Si les eaux sont hautes ils atteignent les abords d'Olliergues et, dans quelques années exceptionnelles, on a pu en capturer dans le Livradois. à la descente, après le moment du frai, ces mêmes saumons, affaiblis et malades ne peuvent franchir que quelques rares barrages. La situation s'est aggravée par la diminution du flottage dans la Dore. Il y a quelques années, l'ouverture fréquente du pertuis de Martignat pour le service du flottage facilitait les migrations du poisson. Le barrage du moulin de l'Isle empêchait seul les saumons de parvenir jusqu'à Courpière et à la suite de diverses réclamations un jugement du Tribunal Correctionnel de Thiers ... du 18 décembre 1841 a prescrit la construction d'un plan incliné dans ce barrage et mis son entretien à la charge du propriétaire. L'exécution de ce travail a donné momentanément satisfaction aux riverains; son utilité paraît ressortir du fait que des réclamations se sont toujours produites dès qu'un défaut d'entretien a mis le plan incliné hors d'usage. Le Conseil Municipal d'Olliergues le 26 mai 1872, celui de Courpière les 28 août 1881 et 23 novembre 1884, se sont émus de la question et il leur a toujours été donné satisfaction dans la mesure du possible.

 

Quand par suite de la rareté croissante des manœuvres au pertuis, l'influence du barrage de Martignat a commencé à se faire sentir l'établissement d'une nouvelle échelle a été demandé. Le Conseil d'Arrondissement de Thiers ... le 21 août 1886, le Conseil Général le 18 août suivant, le Conseil Municipal de Courpière le 21 novembre 1887, ont émis des vœux à ce sujet. En août 1889 et en avril 1890, les représentants des cantons riverains de la Dore ont attiré l'attention du Conseil Général sur la pêche fluviale et cette assemblée a décidé qu'une étude générale fût faite pour l'établissement d'échelles à poissons dans la rivière de Dore...

L'établissement d'échelles à poissons dans la Dore doit nécessairement permettre la remontée du poisson partout où des centres importants de population occupent les bords de la rivière. Arlanc, Ambert, Olliergues, Courpière doivent jouir des mêmes avantages, et l'on est ainsi conduit à fixer au confluent de la Dolore l'origine du projet... La pêche de l'alose et de la lamproie peut être aussi fructueuse et ces poissons sont moins agiles que le saumon pour franchir les obstacles qu'ils rencontrent. Aussi avons nous projeté l'établissement d'échelles dans tous les barrages dont la hauteur dépasse sensiblement un mètre. Nous n'indiquons néanmoins cette limite que sous toutes réserves et l'exécution du projet devra être précédée d'une étude de la question spécialement faite pour chaque barrage ... Ces faits observés à l'égard du saumon se reproduisent pour les autres espèces de poissons migrateurs, notamment pour le bécard qui fréquente seul la Dore à l'heure actuelle, mais nous pensons que le saumon dont la pêche est la plus fructueuse pourrait être acclimaté dans cette rivière. Il fréquentait anciennement les affluents de l'Allier. En 1787 il remontait jusqu'à Pontgibaud dans la Sioule et y fournissait annuellement une redevance de 1200 saumons [Le chiffre paraît bien élevé compte tenu des caractéristiques de la rivière en cet endroit]. Il n'apparaît plus aujourd'hui dans cette rivière où une foule de barrages ont été établis pour les besoins des usines et des irrigations. L'on peut, à notre avis, espérer voir le phénomène inverse se produire dans la Dore... si la rivière est aménagée de manière à faciliter leurs migrations et si leur reproduction est favorisée par une rigoureuse surveillance... La surveillance pour être efficace devra comprendre deux gardes-pêche au moins établis, l'un à Olliergues, l'autre à Ambert, au traitement annuel de 800 fr, soit 1600 fr. Les frais de repeuplement peuvent, être arbitrairement fixés. A l'heure actuelle l'État fait déposer chaque année 20 000 alevins de truites ... Nous venons d'indiquer sommairement les conditions dans lesquelles le vœu du Conseil Général de voir établir des échelles à poissons dans la Dore pourrait recevoir satisfaction ... un décret classant la Dore au nombre des cours d'eau à munir d'échelles à poissons est la première de ces formalités ...

 

Thiers, le 29 juillet 1891 ... Une dépêche ministérielles en date du 16 juillet 1891 demande des renseignements détaillés sur les difficultés apportées à la remonte du poisson par les barrages établis, sur la rivière de Dore ... sur les agissements des propriétaires des barrages accusés de capturer à l'aide d'engins accolés à ces ouvrages de grandes quantités de poissons, sur les plaintes formulées à ce sujet par les communes riveraines, en vue de faire établir des échelles à poissons dans ces barrages ... Les études faites à leur sujet par le service des Ponts et Chaussées ont abouti en décembre 1890 à la mise aux enquêtes d'un avant-projet de classement de la Dore parmi les cours d'eau dans les barrages desquels il pourra être établi après enquête des échelles à poissons par application de l’art. 1er § 2, de la loi du 31 mai 1865 ...

 

Obstacles apportés par les barrages à la remonte des poissons dans la Dore :

 

Le cours de la Dore peut se diviser en quatre sections bien distinctes. La première section entre sa source et le confluent avec la Dorette, longue de 29 kilomètres a un cours torrentiel et une pente généralement très rapide qui peut atteindre 45 mètres par kilomètre. Elle n'est fréquentée que par la truite et quelques autres espèces telles que le véron, la loche, le goujon et l'anguille, mais la truite y domine. Les barrages y sont nombreux, peu étanches de faible hauteur et la truite les remonte avec facilité. Nous ne pensons pas que la création d'échelles puisse être utile dans cette partie de la Dore. La deuxième section a une longueur de 41 kilomètres entre le confluent de la Dorette et celui du ruisseau de Vertolaye. La pente y est faible ;  elle ne dépasse guère 2,50 m par kilomètre. au maximum. La Dore qui a acquis de l'importance par sa réunion avec un affluent important, la Dolore, serpente dans une plaine entourée de hautes montagnes et passe près de deux centres importants, Arlanc et Ambert. C'est dans cette partie de son cours que la Dore commence à se peupler d'espèces autres que la truite, recherchées par les pêcheurs, et que l'influence des barrages sur la remontée peut être réelle, mais les biefs qui séparent ces barrages ont encore une grande longueur La troisième section, entre le confluent du ruisseau de Vertolaye et la ville de Courpière, a une longueur de 26 kilomètres et une pente assez forte qui varie de 5 à 13 mètres par kilomètre. Le cours de la Dore est sinueux, le lit encaissé et de nombreux barrages, très voisins les uns des autres, dont la hauteur varie de 0,50 à 2 m y arrêtent le cours des eaux. La remontée des poissons n'y est donc possible que quand les eaux sont fortes. Dans cette section la Dore arrose deux chefs-lieux de canton, Olliergues et Courpière. La quatrième section de la Dore, entre Courpière, et le confluent avec l'Allier, flottable sur 35 kilomètres suit pendant 40 kilomètres une large plaine avec une pente assez faible qui reste comprise entre 1 et 2 m par kilomètre. Quatre barrages sur les 15 premiers kilomètres de cette section s'opposent aux migrations des poissons. Les trois premiers en amont sont en maçonnerie et l’un d'eux est muni d'un plan incliné à peu près hors d'usage. Le quatrième construit en pieux et fascines a une chute brusque de 1,35 m; il est percé d'un pertuis de 6 m d'ouverture. Dans cette section la Dore passe dans le voisinage d'un centre important, la ville de Thiers.

 

La Dore est fréquentée par une espèce de saumons, les saumons bécards, et c'est leur remontée qu'il importe de faciliter. Elle a lieu à l'automne, c'est à dire au moment même où la pêche des saumons est interdite, mais aussi à l'époque où les eaux sont fortes, ce qui peut permettre à ces poissons de franchir quelques barrages. Le premier obstacle qu'ils rencontrent, le barrage de Martignat, les arrête dans les années sèches. Le mode de construction de ce barrage dont la face aval est verticale en fait un obstacle sérieux à la remontée des poissons. Le peu d'importance du flottage sur la Dore permet de tenir fermé presque continuellement le pertuis de navigation et rend illusoire les facilités qu'il pourrait apporter à la remontée des poissons en temps sec. Si les eaux sont fortes les usiniers ouvrent ce pertuis et les saumons franchissent le barrage, mais le fait ne se produit que dans les années humides et l'on pêche alors quelques saumons jusqu'à Olliergues; dans les années très pluvieuses ils remontent jusqu'au Livradois et en 1890 l'on a pu en capturer deux à quelques kilomètres à l'aval d'Ambert. A la descente, les saumons périssent presque tous aux abords des barrages, affaiblis après la période du frai ils se laissent aller au fil de l'eau et ne peuvent franchir aucun obstacle. Les observations résumées ci-dessus permettent d'espérer que si la Dore était pourvue d'échelles à poissons, les saumons pourraient chaque année remonter jusque dans le Livradois, c'est à dire dans tout le cours de la Dore, exception faite des régions montagneuses voisines de sa source.

 

Agissements des propriétaires des barrages pour capturer les poissons à l'aide d'engins accolés à ces ouvrages.

 

Nous ne pouvons donner sur cette question un avis éclairé que pour le barrage de Martignat placé dans la partie flottable de la Dore. Faute du personnel nécessaire à la surveillance de la pêche dans les cours d’eau non navigables ni flottables, la surveillance exercée par l'Administration des Ponts et Chaussées y est simplement théorique et le garde préposé à la surveillance de la partie flottable de la Dore y limite naturellement son action. Nous ignorons donc les agissements des propriétaires de barrages à l'amont de Courpière, mais nous devons déclarer cependant qu'aucune plainte n'est parvenue à leur sujet à l'Administration depuis de longues années (un piège établi au moulin de l'Isle à l'aval de Courpière. a été détruit en 1841). II n'en est pas de même en ce qui concerne les barrage de Martignat. En 1886 une plainte anonyme fut adressée à Mr les Préfet accusant les propriétaires d'avoir établi une souricière où ils prendraient pour mille francs de poissons par an. L'enquête faite à ce sujet ne permit de trouver aucune preuve ... Nous ferons d'ailleurs remarquer que la réglementation du barrage de Martignat est à l'étude, que des grillages pourront être placés à l'entrée du canal d'amenée, et à la sortie du canal de fuite et que toute tentative de fraude dans la pêche pourra ainsi être évitée.

 

Plaintes des communes riveraines.

 

La première trace des plaintes ... remonte à 1841. Un jugement du Tribunal Correctionnel de Thiers en date du 18 décembre 1841 a condamné les propriétaires du barrage du moulin de l'Isle à supprimer une souricière établie dans le barrage et à rétablir un plan incliné pour la remonte du poisson. Un arrêté ministériel conforme, du 16 août 1844 a réglé les conditions de construction du plan incliné mais il n'y fut probablement pas donné suite car une lettre du maire de Courpière, au Sous-préfet de l'arrondissement de Thiers en date du 3 décembre 1855 réclame cette construction. Les travaux durent être exécutés d'office et furent achevé en 1858. En 1872, les 26 mai, le Conseil Municipal d'Olliergues a demandé des améliorations au plan incliné du barrage dont l'entretien était défectueux et qui était fermé par un fascinage. A la suite de cette réclamation et d'une lettre ministérielle visant le même objet, une mise en demeure fut faite au propriétaire du barrage par arrêté préfectoral du 9 novembre 1875 d'avoir à réparer le plan incliné existant. Nous ignorons si cette mise en demeure a reçu satisfaction, mais cet ouvrage est toujours en mauvais état. Le 28 août 1881, les Conseil Municipal de Courpière renouvela le vœu de voir entretenir le plan incliné du barrage de l'Isle Dans leur rapport les ingénieurs constatant son peu d'efficacité, proposèrent d'ouvrir des négociations avec le propriétaire pour remplacer le plan incliné par une échelle à poissons. L'affaire fut soumise à l'Administration supérieure, mais aucune décision n'est intervenue. En 1886 les Conseil d'Arrondissement de Thiers, le Conseil Général du département et le Conseil Municipal de Courpière, généralisant la question, ont demandé l'établissement d'un système général d'échelles à poissons. Des études furent faites qui ont abouti en 1890 à la présentation d'un avant-projet après le renouvellement en avril 1890 du vœu émis par les Conseil Général en 1886. à la même époque en août 1889 et avril 1890 cette assemblé a signalé comme s'opposant à la remontée des poissons le barrage de Martignat..

Afin de régler les problème du financement des échelles, il fut envisagé de réunir les propriétaires d'ouvrages en association syndicale, y associant éventuellement les communes riveraines pouvant tirer bénéfice de la pêche, ne serait-ce que par les droits d'octroi, à moins que le département n'eût consenti à prendre leur lieu et place.

Cette possibilité n'eut pas de suite.

Parallèlement à de semblables rapports, l'Administration des Ponts et Chaussées œuvra à des recensements, de la plus haute importance tant par leur utilité que par les moyens mis en œuvre sur le terrain. A les consulter on ne peut que regretter que de telles opérations ou d'autres semblables, mis à part celles conduites par les Conseil Supérieur de la Pêche, ne figurent plus désormais dans les préoccupations de l'Administration chargée de la police de l'eau. Une circulaire ministérielle du 30 juillet 1861, modifiée par une autre du 4 juillet 1878, prescrivit un recensement de toutes les irrigations et de toutes les usines hydrauliques sur les cours l'eau non navigables ni flottables, et cela sur toute l'étendue du territoire national. Celui-ci présenté sous la forme d'un tableau, dit d'ailleurs « Tableau B », fut achevé pour la Dore et tous ses affluents le 10 janvier 1900. Certes cette décision fut prise dans un but fiscal, mais les renseignements qu'elle apporte sont du plus grand intérêt. En effet, pour toute irrigation, sont énumérés le débit de la prise d'eau et la surface irriguée; pour chaque moulin, le nombre de meules, le volume des eaux dérivées, la chute en eaux ordinaires, la force brute et la force utilisée, la nature du moteur hydraulique : roue à augets, roue à palettes, roue à cuillers, rouet, turbine, ainsi que les périodes de fonctionnement. Ainsi nous sont restituées les caractéristiques de nombreux barrages aujourd'hui disparus et dont les vestiges sont généralement bien peu décelables. Par contre, apparaissent les changements intervenus sur d'autres au détriment du cours d'eau qui, sous un moulin transformé en microcentrale, devient un mince filet d'eau : exemple curieux de la protection de l'Environnement dans un parc naturel régional !

Le rapport de l'ingénieur Roux relatif à l’arrondissement de l'Est (soit Ambert et Thiers) montre à quel point ces opérations furent menées avec méthode :

D'après les instructions tracées par M. l'ingénieur en chef Chigot, les débits des cours d'eau ordinaires ont été évalués en fonction de la section et de la pente longitudinale (formule de Darcy et Bazin); les débits des petits cours d'eau et des prises d'eau d'irrigation ont été déterminés au moyen de déversoirs établis, au besoin à cet effet. Pour les usines on s'est servi des vannes motrices existantes ... Les débits consommés par les irrigations régulières varient de 2 à 30 litres par hectare de prairies. Les arrosages se font en hiver (en dehors des périodes de gelées), au printemps et après la coupe des foins. Les eaux sont partagées entre les agriculteurs et les usiniers d'après les usages locaux ou en vertu de titres ou de conventions privées le défaut de règlement généraux fait souvent naître des conflits ... Les usines hydrauliques qui fonctionnent dans l'arrondissement sont actuellement [janvier 1900] au nombre de 800; elles fournissent une force brute de 7 712 chevaux-vapeur et une force utilisée de 3 776 chevaux-vapeur Elles constituent, en grande partie des moulins à farine dont les dispositions sont très rudimentaires ... Les usines d'Ambert et de la région consistent en des fabriques de toiles, de liens et lacets, moulinage de soie et fabriques de chapelets. Ces usines sont en général assez prospères ... La plus grande partie du travail que nous présentons doit être attribué à M. le conducteur Monat qui a dû coordonner les éléments recueillis à des époques variables par des agents successifs ... M. Monat a effectué tous les calculs relatifs à l'ensemble du travail et vérifié sur place un grand nombre des renseignements consignés sur des carnets ...

Un autre recensement dressé en vertu d'une autre circulaire ministérielle du 14 mars 1946 reprit les mêmes éléments et quelquefois les compléta.

Des renseignements intéressants furent apportés conjointement par le relevé altimétrique de tous les cours d'eau effectué par les services du Nivellement Général de la France vers 1935. Y figurent toutes les cotes d'arasement des barrages et celle de la restitution des eaux dérivées.

On y retrouve donc pour partie bien des barrages que les ingénieurs des Ponts et Chaussées définirent comme des obstacles à la migration des poissons.

QUELQUES BARRAGES CÉLÈBRES

Le barrage de Peschadoires qui, semble-t-il, devrait être confondu avec celui dit de Martignat, n'a pas franchi le cap du XXe siècle, à moins de le confondre encore avec celui de Mignot dont l'activité cessa peu de temps après. Ce barrage de Peschadoires était fort ancien, donné à cens, généralement aux enchères de trois en trois ans, par le seigneur de Thiers. Une enquête du premier quart du XVe siècle indique que le meunier était admis à prendre des matériaux tant au bois de La Vaure qu'à Espinent, et qu'il bénéficiait des manœuvres seigneuriales pour l'acheminer. Le barrage, qui ne pouvait être qu'en pieux, planches et gravier, tout comme ses vannages, demandait de fréquentes réparations, soit à la suite de crues, soit rompu par les glaces comme en janvier 1426. Peschadoires est lieu fort ancien, bien connu avant le XIIIe siècle. Son nom évoque une pêcherie et donc un barrage qui était aussi vraisemblablement associé à un moulin.

A l'amont, aux environs immédiats de Courpière, se trouvaient deux barrages dont l'histoire fut particulière.

Celui de Tarragnat qui relevait de la seigneurie de La Barge et où fut refait en 1769 un piège à saumon dont la description a été conservée, fut totalement détruit par la crue de novembre 1790 dont le caractère soudain occasionna la noyade de la femme du meunier et de ses quatre enfants, lui-même étant entraîné par le courant, cramponné à une porte de grange. La reconstruction du barrage fut entreprise en 1807, puis abandonnée à la suite de deux arrêtés préfectoraux des 15 novembre 1807 et 26 mars 1808.

Immédiatement à l'amont, dès 1803, un entrepreneur de travaux, Marin Morange, qui s'était cru dispensé de recourir à toute autorisation, procédure encore bien courante de nos jours, construisit un moulin farinier à 4 roues dit du Moulin de l'Isle, dont la responsabilité dans la gène de migration du poisson fut importante jusqu'à ces dernières années. Il dût donc postérieurement solliciter la régularisation de son établissement qui intervint par arrêté préfectoral du 11 mars 1807, puis par décret impérial du 13 novembre suivant qui précisait que le barrage pouvait être conservé, mais en le restreignant à la hauteur déterminée par l'ingénieur d'arrondissement. Comme l’ont montré les rapports précédents, les problèmes de son franchissement se succédèrent par l'incurie des propriétaires successifs. C'est ainsi qu'en août 1872, remplaçant un premier système de franchissement ruiné, la rampe réduite à 4,50 m sur 20 m de longueur a été placée au milieu du lit de la rivière donnant ainsi un solide épaulement au barrage qui avait été plusieurs fois déjà emporté par les grosses eaux. Elle est formé d'un perré supporté par un remblai que maintiennent deux files de pieux distantes de 4, 50 m avec moises et poutrelles longitudinales et de solides enrochements de chaque côté. La pente est d'environ 7 % et la surface concave du pavage à 20 cm de flèche. Ces dispositions paraissent convenables pour le maintien d'une voie d'eau toujours libre pour le poisson. Mais son entretien laisse alors à désirer, les joints du pavage laissent fuir l'eau avant qu'elle soit arrivée au bas de la rampe, et en outre, au sommet, un fascinage s'oppose complètement à l'écoulement de l'eau! Malgré une mise en demeure d'avoir à restaurer l'équipement la situation perdura et les seuls travaux que connut le barrage furent ceux d'un rehaussement illicite en 1878 ! Cependant, quelques saumons remontaient encore périodiquement jusqu'à l'aval de celui-ci. En 1965 Roger Bachelier, ingénieur principal à la Direction Nationale des Eaux et Forêts, et Robert Collin, ingénieur en chef chargé de la Région Piscicole, intervinrent auprès de la Direction Départementale de l'Agriculture, en charge de la police de l'eau, qui opposa une parfaite inertie. Au printemps de 1985, une crue emporta le barrage sur environ 8 mètres de longueur et permit la remontée du poisson, dont au moins un saumon femelle de 80 cm, d'un poids voisin de 10 livres, qui fut retrouvée crevée le 5 juillet suivant dans les grilles du barrage de l'usine Couzon à Courpière, un peu en amont. La Gazette de Thiers et la revue T.O.S. publièrent un article avec sa photo. La grande presse régionale ferma les yeux. à la demande du Conseil Supérieur de la Pêche, de diverses associations dont L’A.N.P.E.R. - T.O.S. et la Fédération des, A.A.P.P.P.M.A., le 6 août, rappelant tous les textes et jugements relatifs à l'ouvrage, l'Administration imposait au propriétaire divers travaux : mise en place d'une échancrure de 2 m de largeur minimum et de 2,20 m de hauteur dans le corps du barrage à quelques mètres de son appui en rive gauche afin de pouvoir y construire postérieurement une échelle à poisson, pose d'un bourrelet de béton disposé en biais sur la partie déversante du barrage de manière à diriger un plus fort débit an pied de l'échancrure. L’échelle devant être construite avant le 31 décembre 1986, il était seulement permis de colmater partiellement l'échancrure, avec des madriers de bois qui ne devaient pas s'élever de 20 cm au dessus du seuil de béton placé sous les vannes commandant l'entrée du bief. Le propriétaire, comme ses prédécesseurs, ne tint aucun compte des injonctions de l'Administration et fit colmater la brèche créée par la crue. Un arrêté préfectoral prescrivit au propriétaire, le 9 janvier 1987, d'avoir à se conformer aux prescriptions du décret impérial d'autorisation et à mettre en place un pertuis de 5 m de large, dont la base devait être dérasée au même niveau que le radier d'entrée du bief du moulin, avant le 30 juin 1987. Le propriétaire, qui par ailleurs n'utilisait plus ses installations de meunerie depuis 1945, fit la sourde oreille... L’Administration, sous la pression des associations, se substitua au propriétaire, assujetti seulement à une modeste contribution, et fit réaliser avec le matériel du parc départemental une échelle rustique consistant en bassins successifs appuyés sur des enrochements soutenus par des pieux. Cette échelle donna des résultats, et le barrage de Sauviat étant devenu franchissable, des saumons furent localisés les années suivantes, certains trouvés morts, aux Prades de Sauviat, à Saint-Gervais-sous-Meymont. Une femelle fut prise lors d'une pêche électrique destinée à prélever des géniteurs de truite fario dans la Faye, à 300 m de son embouchure sur la Dore, et transférée à la pisciculture du Moulin du Clos, gérée par le Conseil Supérieur de la Pêche. Enfin le 10 février 1997 par acte notarié, la Fédération des A.A.P.P.M.A se portait acquéreur de toute la partie supérieure du barrage au dessus de la cote 306,00 N.G.E, permettant ainsi un meilleur franchissement.

Le barrage des Prades, dit de Sauviat, à quelques kilomètres en amont se comporta, lui aussi, comme un très sérieux obstacle. Construit de 1902 à 1904 par la société des Forces motrices d'Auvergne, ce barrage, lorsqu'il déversait suffisamment, était à l'origine relativement franchissable compte tenu de sa hauteur. En août 1915, il fut cependant reconnu que le barrage de Sauviat sur la Dore, n'ayant pas d'échelle à poissons, avait complètement désempoissonné la rivière. La situation s'aggrava lors d'une surélévation réalisée sans autorisation par un bourrelet de 0,35 m de béton supportant des poutrelles métalliques entre lesquelles furent placés des madriers de bois sur 0,38 m, le tout créant ainsi trois ressauts successifs. S'ajoutait à cela une dérivation du cours d'eau (12 m3/s.) jusqu'à l'usine par un canal qui laissait, hors crues, 1'ancien lit à sec sur 2,6 km. Tout au plus les riverains avaient-ils obtenu un débit réservé de 100 litres pour abreuver leur bétail, débit qui disparaissait d'ailleurs par capillarité au bout d'une centaine de mètres ! Le 21 mai 1946 il passait sous le contrôle d'E.D.F. Dès 1963 1'ingénieur principal R. Bachelier signalait le caractère irrégulier de la situation et demandait l'étude d'un projet de passe à saumons qui fut terminée à l’automne 1964. La construction fut décidée lors de l’été suivant alors que l’ingénieur en chef R. Collin prenait en charge la Conservation des Eaux et Forêts de Clermont-Ferrand. Elle fut réalisée en 1966, mais dût être modifiée et complétée au cours des années suivantes, notamment après une étude réalisée en 1986 en concertation avec M. Larinier du CEMAGREF. D'autres aménagements au pied de celle-ci et au confluent de la vielle Dore avec la restitution des turbines la complètent. Alimentée désormais depuis le renouvellement d'autorisation par un débit correspondant à 15 % du module de la rivière, elle est tout à fait efficace et contribue à la réhabilitation du saumon dans la Dore. Lui a été adjointe également un dispositif permettant la descente des tacons. Tous ces équipements ont été réalisés par E.D.F. avec la collaboration de MM. Demars et Bomassi, ingénieurs du Conseil Supérieur de la Pêche attachés à la Région piscicole Auvergne-Limousin.

D'autres barrages de moulins, jadis paisibles, furent au cours des dernières décennies transformés en microcentrales et donnèrent lieu à de longs contentieux allant jusqu'au Conseil d'État.

Ces anciens moulins ne travaillaient que le jour, et jamais en toutes saisons. La très lucrative production d'électricité qui a conduit à rehausser des barrages, à les rendre parfaitement étanches, à élargir et approfondir des biefs sans autorisation administrative, à turbiner sans interruption sauf lors de sécheresses sévères, sont un nouveau danger pour les espèces migratrices. Comment les concilier avec les efforts faits avec de 1'argent public, pour sauver une espèce aussi mythique que le saumon ?

Quant au barrage du Chazier, il appartient depuis quelques années à un organisme à vocation piscicole qui se devrait de donner le bon exemple en respectant l’obligation d'échelle à poissons imposée par divers décrets ministériels successifs.

SAUMONS MADELEINAUX ET BÉCARDS

Le docteur Mavel vers 1861 considère que la Dore vers Ambert voit remonter les années de fortes eaux saumons et bécards, introduisant donc la notion de deux poissons différents quoique de même race. J. B. Bouillet à la fin du XIX siècle ne connaît à Courpière comme poissons migrateurs que les lamproies, les anguilles et quelques bécards. Or les commentaires de R. Bachelier reprenant en 1964 les résultats de l’enquête biologique menée dans toute la France par l'administration des Ponts et Chaussées en 1888, permettent d'approcher la solution. En Loire, au bec d'Allier la première remontée (les gros blancs) apparaît en décembre et février, la seconde (les madeleinaux) en février, la troisième (les bécards, petits saumons) cette fois vers Briare, de juin à octobre. La présence des saumons de remontée dans les affluents de l’Allier se remarque de septembre à novembre et de mars au 1er mai.

Or en octobre-novembre 2004 une remontée de saumons s'est opérée dans la Dore, cette fois jusqu'au cœur d'Olliergues où trois poissons de taille supérieure au mètre séjournèrent plus d'une quinzaine de jours. Malheureusement la microcentrale à aval immédiat des ponts n'étant pas pourvue de grilles à l'entrée du bief de dérivation, une femelle du groupe, à plusieurs occasions, fut bousculée sur le dégrilleur, et blessée, ne put survivre. Il s'agissait donc de poissons de belle taille ayant passé l’été soit dans l’Allier, soit en basse Dore. Quant aux poissons de taille inférieure tels qu'il s'en prenait encore à l’aval de Courpière tout juste avant la derrière guerre (Maurice Manaranche de Pont-de-Dore, qui pêchait à la ligne surtout aux environs de Néronde, prenait photographie de ses prises) il s'agissait de madeleinaux qui achevait là leur migration au printemps. Us étaient appelés madeleinaux car il arrivait, sur les cours d'eaux supérieurs, qu’ils remontassent jusqu'à la fête de Sainte-Marie-Madeleine en juillet. Quant aux montées de saumons constatées en mars 1882 et 1884 sur la Sioule à Miremont elles confirment bien les données de l’enquête de 1888.

DROITS ET MÉTHODES DE PÊCHE

Même s'il arrive, et cela surtout à la fin de l’Ancien Régime, que sur certains petits cours d'eau la pêche soit libre ou sur certaines parties de grandes rivières tolérée, le droit de celle-ci est avant tout seigneurial. Il peut être, et est souvent, affermé par portions de rivière, à un ou à plusieurs, et quelquefois sous-loué. Ce droit est aussi concédé sur un seul lieu restreint comme un barrage.

Lors d'un bail, voire d'un accord comme sur la pêcherie de Tarragnat, le premier saumon de printemps est réservé an seigneur, ou au fermier de la seigneurie. C'est ainsi que par bail, le meunier des Garachons et ses consorts de la paroisse de Saint-Rémy-de-Blot qui louent le droit de pêche sur une partie de la Sioule, doivent annuellement 40 £ et vingt livres de bons poissons, dont le premier saumon pris. Autre cas tout à fait différent lorsque le seigneur de la Roche-en-Régnier, en haute rivière de Loire, assence son moulin sous le château d'Artias en 1317 pour 6 setiers seigle et 2 setiers froment, il se réserve les saumons et la moitié des autres poissons. En 1450 encore, les moulins dits « de la Comtesse » sur la Sioule à Verneuil, sont acensés 25 setiers de grain par an, le duc de Bourbonnais se réservant en outre tous les saumons. Les prix de bail peuvent être fort élevés sur les grands cours d’eau lorsque tout est loué sans réserve : 190 £ en 1462 pour le barrage de Saint-Victor-sur-Loire ou se prennent les saulmons !

Parfois, comme à Ambert, c'est la moitié de chaque poisson qui est revendiquée : (1482-1501) Apud le Cros de Dore, Michel et Jacme du Cros, frères communs en biens, pour eux et leurs consorts et lesd. du Cros prenant en mains pour Loys Vourilhon... item plus doivent lesd. frères et consorts a lad seigneurie un checun an a la feste St Julhien pour lesdits motifs en tout droit de directe seigneurie, cens six sols, soigle quatre cartons, et ce pour raison et a cause de ce que leur a esté donné congé et licence de faire molin ou molin a papier, mailhs ou autres, et faire gartine en la rivière de Dore pour prendre tout poisson qu'il pourra et aussi saumon dont rendra la moytié au seigneur, du cousté de la teste ou a son choix, et lesquels molins sont sis en leurs heritaiges, la rivière de Dore devers orient, le chemin public tendant d'Ambert a St Ferreol devers nuit. Obligation certes, mais difficilement contrôlable. Les moyens de capture sont ceux dont peut disposer le bénéficiaire du bail, sans limitation aux périodes anciennes. Ainsi par exemple, en avril 1675 est acensée par le vicomte de Polignac à Pierre, François et Jean Bertrand, frères, pescheurs du lieu de Brive, paroisse de Sainct-George du Puy... le droit et faculté de pouvoir pescher dans la rivière de Loyre despuis le pont de Brive jusques à Vourey, avec toute sorte d'arnoix, tant esperviers, troussadours que autres... pour le temps et terme de quatre années... moienant.. checune d'icelles... quatre vingts livres tenus paier .. le premier du moys de may. Ceci sous condition de respect des tailles des captures telles que fixées par les ordonnances royales. Celles-ci se remarquent par leur sagesse à ménager la ressource, et cela à en des temps où l’abondance est grande par rapport à notre époque où certains intérêts catégoriels concourent à la destruction des milieux. Par contre, afin de protéger les poissons de petite taille, les pièges sur les barrages devaient respecter des règles précises. D'autres moyens de capture pour les gros poissons sont libres comme les lacets, servans à prendre les saulmons, attachés à lad. pellière dont les meuniers, prenant à bail les moulins de Pont-du-Château le 23 novembre 1648, doivent l'entretien.

 

On ne sait guère où situer les pêcheries situées sur la haute Dore mis à part le moulin du Cros évoqué ci dessus, et aussi cette pêcherie dont l'autorisation de construction à charge de cens fut donnée peu avant décembre 1366 à Guillaume de la Farge, seigneur du lieu et de La Tour-Goyon. Dite dans la châtellenie de Boutonnargues, elle pourrait correspondre aux ruines du barrage situées à l’aval du pont du Perrier avant le petit hameau de Peschadoires, en l'actuelle commune de Job. Que penser de la pêcherie sur le ruisseau de Chadernolles, citée en 1403, objet d'un contentieux ? Que l’une des parties déclare qu'il ny a nulz saumons n'est que dire de plaidoirie, car cette espèce est alors bien présente dans la Dore toute proche, et l’on sait que ce poisson fraye souvent dans des embouchures de très petits cours d'eau. L'autre partie proclame bel et bien qu'il a perdu ses saumons. Quant à Georges Courtin qui visite la rivière à l’été 1665, il remarque à Marsac-en-Livradois pas moins de trois barrages pour moulins ou pour la prise des somons.

En Dore moyenne, au moulin de Las Donas, existait une pêcherie, connue pour devoir en 1770 cent livres de rente annuelle et six livres de tacons ou pour la valeur d'yceux la somme de trois livres. Sans doute aux environs certains moulins, comme ceux des prieurés de Sauviat et de Saint-Gervais-sous-Meymont, devaient avoir aussi une pêcherie; ce dernier possédait en 1610 une serve ou gardoir de poisson. Le moulin d'Olliergues en était sans doute également pourvu. Le droit de pêche y appartenait au seigneur du lieu pour les saumons et de toute autre espèce de poissons qui se prennent dans la rivière de Dore qui passe le long des murailles de ladite ville.

Le saumon était donc apprécié, et si la légende tenace veut que les valets de ferme refusaient lors de leur contrat d'embauche de manger du saumon plus de deux fois par semaine, elle n'a de fondement que pour le personnel des pêcheries sur les grands fleuves. Le Livradois n'était pas dans ce cas. Vendu aux marchés par les pêcheurs professionnels ou meuniers, il était aussi consommé directement dans les chaumières par quiconque pouvait braconner.

La prise d'un saumon de 3 kg par un nommé Portail en 1906-07 à Sails, commune de Beurrières, en haut des « Assemblées », confluence de la Dore et de la Dolore, et celle en 1939-40 d'un autre de 6 kg par Mallartre, du bourg d'Arlanc, évoque bien un braconnage coutumier sur tout le cours de la rivière. L'information est sûre, car l'enquête piscicole de 1936 mentionne des remontées jusqu'à Ambert.

Le braconnage sur la Durolle et en basse Dore, à la fin du XIXe siècle, connu par les jugements du Tribunal Correctionnel de Thiers, s'opère généralement la nuit, à la main et « au feu », souvent en temps prohibé avec des engins interdits, et est de coutume chez les émouleurs comme Victor Chausson et Blaise Dassaud, un récidiviste. Les peines d'amende s'échelonnent généralement de 16 à 60 F. Elles vont jusqu'à 110 F chacun pour François Garmy, Antoine Fournier, François Bardet et Jules Chaput pour avoir barré une « boire » avec un filet, et 220 F chacun pour Annet Chapus, Frédéric Tauveron et Guillaurne Dantonnet, coupables d'avoir pris 2000 kg ! de poissons de toutes espèces, d'une valeur de mille francs. Beaucoup de travail pour le seul garde-pêche de la Dore (qu'un rapport du Conseil Général en 1888 dit « pourvu d'un revolver »). Cette même assemblée vota d'ailleurs la même année l’interdiction du véron métallique qui permet de prendre des quantités énormes de poissons! Ce leurre tout à fait autorisé de nos jours n'a plus les mêmes effets dans nos rivières, appauvries par les pollutions de toutes natures.

Malgré une abondance du poisson qui serait jugée actuellement des plus satisfaisantes, on procède malgré tout vers la fin du XIXe siècle à des alevinages : On a semé au mois d'avril dernier dans plusieurs ruisseaux environ 8 000 truites provenant de l'école départementale de pisciculture de Clermont. Des semis pareils faits les années précédentes n'ont pas eu des résultats appréciables, et assurément ce n'est pas par des procédés artificiels que l'on parviendra a repeupler les cours d'eau du Puy de Dôme (Rapport de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à la session de 1871 du Conseil Général). Dix ans auparavant l’ingénieur de l'arrondissement d'Ambert avait procédé à un déversement de 2500 saumoneaux de même provenance, et le docteur Mavel qui avait fait preuve d'espérance avait néanmoins souligné le caractère néfaste des barrages de la région de Courpière. La mesure la plus efficace fut en 1890 de supprimer les « saumonières », afin que les saumons puissent arriver sur leurs frayères naturelles dont le rendement n'a rien de comparable avec des mesures artificielles.

OPÉRATIONS DE RÉACCLIMATATION

Quelques tentatives d'ensemencement de diverses rivières furent menées h partir d'œufs incubés : en 1953 dans la Loire supérieure avec des œufs de saumons de la Baltique, dans les affluents de la Gartempe dans le bassin de la Vienne supérieure avec des œufs de saumons des Gaves, puis avec des œufs de la Baltique, à partir de 1954. Les opérations utilisant des œufs de la Baltique furent vouées à l'échec. En effet la Baltique est en fait une mer intérieure peu profonde, sans marée, avec des eaux fort peu salées très riches en nourriture. D'un caractère génétique différent des saumons atlantiques, les baltiques ne pouvaient guère se reconnaître dans l’océan et gagner les aires de grossissement du GroënIand, et se ré-acclimater en Loire, Vienne et Allier.

 

En 1958 une autre tentative eut lieu par transfert de géniteurs depuis la basse Loire jusqu'en haute Gartempe. Ceux-ci avalèrent et furent retrouvés morts dans des grilles de moulins à l'aval de leur déversement.

L'ensemencement fut repris en décembre 1961 avec des œufs provenant soit de l’Allier, soit des Gaves, avec quelques réussites. Or, depuis l’arrasement relativement récent du barrage de Maisons-Rouges, construit sur la Vienne en 1918-1920 à 70 km du confluent avec la Loire, voit-on une recolonisation naturelle de la rivière par les aloses et les saumons;... !

C'est en 1968 que le Conseil Supérieur de la Pêche décidait l’acquisition du Moulin du Clos situé sur la Faye, affluent de la Dore faisant limite aux arrondissements d'Ambert et de Thiers. Là sous la direction de l'ingénieur en chef Collin (qui n'hésitait pas à prendre la pelle et la pioche, ou la truelle) fut réalisée une salmoniculture où le 5 mai 1970 arrivèrent dix saumons capturés dans le piège du barrage de Vichy. Dès lors furent produits des œufs embryonnés utilisés tant dans la Dore que dans l’Allier. Des opérations qui n'avaient jamais été tentées auparavant, furent menées avec succès, comme le reconditionnement des géniteurs après la fraye. Alors qu'ils étaient naturellement conduits à la mort par épuisement, ils furent sauvés en les nourrissant (notamment avec des sardines congelées !) et utilisés jusqu'à deux et trois ans de suite.

La renaissance du saumon de la Dore était en route, et c'est ainsi qu'en octobre-novembre 2004 trois saumons séjournèrent sous les ponts de la ville d'Olliergues, faute de pouvoir aller plus loin, bloqués à l’amont immédiat par la microcentrale de Chantelauze.

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