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POLLUTION URBAINE

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Depuis les années 50, les rejets dans les rivières se sont multipliés : Voici un échantillon des principales pollutions de l'eau entrainant la dégradation des milieux aquatiques.

 

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Le CSP (ONEMA aujourd'hui) au chevet de la Loue


 

 

 

Cette étude date de 1998 : les administrations ne semblent pas avoir entendu ce signal d'alarme !

 

A la demande du Syndicat Mixte de la Loue, une étude piscicole de la haute et moyenne Loue a été réalisée par le Conseil Supérieur de la Pêche en 1998- 1999. Elle a été très rapidement évoquée par Philippe Koeberlé dans le numéro 194 de cette revue. Cet important travail mériterait d’être largement connu. C’est ce qui m’amène à en faire pour les lecteurs de TOS une présentation globale et non exhaustive.

 

L’inventaire piscicole a été réalisé sur douze stations échelonnées de Mouthier Haute-Pierre, proche de la résurgence, jusqu'à Arc-et-Senans. Le choix des stations a été dicté par le souci de mettre en évidence les perturbations susceptibles d'être créées par différents affluents ou rejets. C’est donc à l’aval de ceux-ci qu’ont été localisés les secteurs inventoriés.

 

Neuf de ces sites coïncident avec ceux qui ont fait l’objet des travaux de Jean Verneaux et de son équipe dans les années 70. La comparaison des résultats obtenus en 1998-1999 avec les résultats antérieurs permet de mesurer l’évolution, pour ne pas dire la dégradation, de la Loue qui fut, en son temps et à juste titre, une des rivières les plus réputées.

 

Sur chaque station, une longueur de 100 m a été pêchée selon une méthode adaptée à la profondeur : pêche électrique à pied ou en bateau et même pêche au filet multimailles pour la station la plus en aval. L’étude a porté, non seulement sur la Truite et l’Ombre sur lesquels se focalise l’intérêt sinon la convoitise des pêcheurs, mais aussi sur les petits, les humbles, les sans-grade, tels la Loche franche ou le Blageon, la Lamproie de Planer, le Hotu…etc. Ces espèces, que nous ignorons si souvent, ne sont pas soumises aux prélèvements des pêcheurs et elles constituent de bons indicateurs qui permettent d’apprécier la qualité du milieu aquatique et d’observer son évolution.

 

Les données du CSP sont exprimées en termes de classes d’abondance sur une échelle allant de 1 à 5. Pour chaque espèce, le niveau 1 correspond à une valeur de densité choisie comme référence spécifique. L’augmentation d’une unité de l’indice d’abondance correspond au doublement de la densité. Ainsi la classe d’abondance 4 correspond à une population huit fois plus abondante que celle décrite par la classe 1. Il n’est pas possible, dans un article comme celui-ci, de restituer la totalité des résultats de l’étude du CSP. Dans un souci de lisibilité, j’ai donc rassemblé les données relatives à onze espèces de poissons des zones à truite et à ombre dans deux tableaux synoptiques.

 

Le net déclin de certaines espèces !

 

Le tableau 1 présente, pour les stations communes à l’étude de Verneaux datant de 1972 et à l’étude du CSP de 1999, la variation de l’indice d’abondance entre ces deux dates pour chaque station et pour chaque espèce.

 

La lecture de ce tableau permet de constater le net déclin de certaines espèces : chablot, loche franche, lamproie de Planer, blageon, goujon, chevaine, hotu. Le toxostome, proche parent du Hotu, a également disparu de Rurey à Rennes sur Loue. Or la plupart de ces espèces sont particulièrement sensibles à la pollution. Leur déclin est un signe de la dégradation de la qualité de l’eau au cours de ces trente dernières années. On tire la même conclusion de la diminution des populations d’invertébrés polluo-sensibles.

 

La deuxième constatation générale tirée de ce tableau est le déplacement vers l’amont de certaines espèces. Ce déplacement est particulièrement visible pour l’ombre à Mouthier et Rurey, où l’on constate une forte augmentation des populations alors qu’elles sont en déclin ou même disparaissent des stations aval. Même phénomène pour l’apron, petit percidé strictement protégé, qui présente une population relectuelle. Celle-ci autrefois présente uniquement à l’aval d’Arc-et-Senans, a disparu de ce secteur mais a été retrouvée en amont sur les stations de Lombard et Chouzelot. On peut expliquer ce déplacement vers l’amont de certaines espèces par l’élévation de la température estivale de l’eau, élévation de l’ordre de 2 à 3 °C à partir d’Ornans. On explique de la même manière l’apparition, sur la partie aval du secteur étudié, de certaines espèces : perche, brochet, gardon et ablette. En se basant sur le nombre d’espèces présentes, un optimiste pourrait donc conclure à un enrichissement de la rivière !

 

Il était certes intéressant de constater l’évolution du peuplement piscicole au cours des trente dernières années. Il est tout aussi judicieux de comparer le peuplement actuel au peuplement théorique qui serait celui d’un écosystème aquatique non perturbé. Jean Verneaux (1975) a défini 10 niveaux typologiques qui se succèdent d’amont en aval. Pour chaque station, le niveau typologique est calculé à l’aide d’une formule prenant en compte les facteurs biotiques suivants : température maxima, distance à la source, pente, largeur du lit, section mouillée, dureté Ca/Mg. A chaque niveau correspond un groupement d’espèces, l’abondance théorique de chaque espèce étant défini. Compte-tenu de l’élévation de la température estivale de l’eau que nous avons signalée plus haut, le niveau typologique de la plupart des stations a augmenté par rapport à sa valeur de 1972.

 

Le tableau 2 indique pour chaque station, la différence entre l’indice d’abondance observé en 1999 pour chaque espèce et l’indice d’abondance théorique correspondant au niveau typologique de la station. Cette différence exprime, de manière quantitative, l’écart entre les populations présentes et ce qu’elles pourraient être dans un monde meilleur.

 

 

 

Le constat est affligeant.

 

Pour la plupart des espèces, la différence observée se chiffre par une baisse de plusieurs unités de l’indice d’abondance, quand elles ne sont pas totalement absentes de stations où elles sont légitimement attendues. Il n’est donc pas étonnant de constater que les biomasses totales sont, pour la plupart des stations, très inférieures aux biomasses théoriques correspondant à leur niveau typologique. Légèrement supérieure à la valeur théorique pour les deux stations les plus en amont, Nouailles et Mouthier, elle s’effondre ensuite pour atteindre une valeur minima à Ornans (70 kg/ha au lieu de 400), retrouve son niveau théorique à Rurey avant de s’effondrer à nouveau. A Lombard et Rennes-sur-Loue, on trouve moins de 100kg/ha au lieu des 750 à 800 kg/ha attendus.

 

Les causes de cet état de choses ont déjà été désignées. Pour la plupart, elles ne sont pas particulières à la Loue. Nous allons les examiner de manière globale avant d’évoquer quelques situations locales.

 

L’élévation de la température de l’eau en été est, nous l’avons dit, de 2 à 3 °C par rapport aux années 70. Dans le même temps, on a observé une augmentation de la température de l’air en été de 1,2 °C seulement. Il faut donc chercher ailleurs les causes de ce réchauffement : diminution des débits et abaissement de la nappe phréatique. La Loue subit d’importants prélèvements, au niveau de Lods pour l’alimentation du plateau de Valdahon, au niveau de Chenecey pour desservir l’agglomération bisontine et en aval de Champagne-sur-Loue pour répondre à la demande agricole. Il faut aussi mentionner les assèchements de zones humides, aussi bien dans la partie haute du bassin versant que dans la basse vallée.

 

Les charges en nitrates et phosphates induisent une prolifération algale dont les effets nocifs sont multiples car ils réduisent la production des invertébrés dont se nourrissent les poissons, colmatent les fonds et compromettent la reproduction. La plupart des affluents de la Loue lui apportent des eaux ayant connu une utilisation domestique ou agro-alimentaire. Leurs nuisances sont amplifiées par le relief karstique de la région qui induit une importante circulation souterraine des eaux pendant laquelle ne peut s’opèrer aucune auto-épuration.

 

C’est au niveau d’Ornans qu’apparaît le point le plus critique. L’eutrophisation a augmenté de façon spectaculaire. La masse d’algues est passée de 0,03 kg/m2 en 1972 à 5,56 kg/m2 en 1989. Il importerait également de rechercher la présence de micropolluants dont les résidus de pesticides.

 

A Cléron, la rivière semble encore souffrir des mêmes maux qu’à Ornans, avec une forte prolifération algale et un important colmatage des fonds, qui entravent production de nourriture et reproduction des poissons. Il faut dire aussi que le ruisseau de la Mée apporte dans la Loue, à cet endroit, les rejets de la fromagerie de Cléron. J’ajoute qu’en 1973, les ombres ont été anéantis entre Ornans et Cléron, par un déversement de cyanure, accidentel bien sûr, provenant d’une usine d’Ornans. Mais, c’est juré, cela ne s’est jamais reproduit et cela ne se reproduira jamais, même de façon discrète en période de fortes eaux ! Toujours est-il qu’à Cléron, la biomasse des truites est moitié de celle qu’on trouve à Rurey, 9 kilomètres en aval, et que la biomasse d’ombres y est six fois plus faible.

 

Sur la partie aval du secteur, compte-tenu de la fragilisation du peuplement piscicole, il n’est pas étonnant qu’on puisse penser que la prédation par le cormoran atteint un niveau important.

 

Le souci de préservation des espèces d’un grand intérêt halieutique, comme la truite fario et l’ombre, et celle des espèces présentant un fort intérêt patrimonial, comme l’apron, le blageon, etc... conduisent les auteurs de l’étude à préconiser un ensemble de mesures destinées à permettre à la Loue de retrouver un peuplement conforme à ses fortes potentialités :

 

- Augmentation du débit réservé de l’usine EDF de Mouthier pour permettre d’amener des populations de chabot dans les Gorges de Nouailles à un niveau normal.

- Recherche de micropolluants à la source pour favoriser, par une amélioration de la qualité de l’eau, la loche franche et la lamproie de Planer dans les stations aval.

- Réduction des déversements de nitrates et surtout de phosphates pour réduire le développement des algues.

- Effacement ou abaissement des seuils ou barrages qui segmentent le cours de la rivière, empêchant la libre circulation des espèces, induisant par le relentissment des courants une élévation de la température, un dépôt de sédiments et une réduction de l’auto-épuration. -

- Aménagement de passes à poissons sur tous les obstacles à la libre circulation des poissons pour favoriser l’accès aux zones de reproduction et à la recolonisation de la rivière.

- Limitation des prélèvements des pêcheurs qui, sur les parcours de la partie amont, semblent excessifs au regard des possibilités des populations de poissons. Ceux des cormorans pouvant être limités par la pose, pendant la durée du séjour des oiseaux, de fils tendus en travers de la rivière, mesure qui a déjà fait la preuve de son efficacité sur certains parcours.

 

L’application de ces mesures devrait être facilitée par l’élaboration d’un Contrat de Rivière dont les bases ont reçu l’agrément de Madame la Ministre de l’Environnement au cours d’une réunion qui s’est tenue à Arc-et-Senans le 16 décembre 1999. On attend l’implication rapide des politiques au niveau local. Les résultats escomptés ne peuvent pas être atteints sans une collaboration étroite et sereine de tous les partenaires engagés dans ce projet d’intérêt général.

 

Analyse de l’évolution amont-aval de la biomasse des poissons

 

Les moyens humains importants mis en œuvre dans cette étude ont permis d’effectuer des pêches exhaustives sur la plupart des stations. La pêche à pied de la totalité de la largeur de la rivière, avec plusieurs passages sucessifs et des filets barrages à l’amont et à l’aval limitant fortement l’échappement, permet une estimation assez fiable de la biomasse en place. Seule la biomasse de la station d’Arc-et-Senans n’a pas pu être estimée (pas d’estimation pour la deuxième partie de la station, où se trouvait la plus grande part de la biomasse). Nous n’avons tenu compte que des biomasses pêchées à pied afin de comparer les biomasses obtenues sur les différentes stations avec la même méthode de pêche.

 

La courbe, indiquant l’évolution amont-aval de la biomasse estimée sur chacune des stations (fig 2 en cours d'insertion), fait apparaître des fluctuations importantes et anormales alors que la courbe de biomasse théorique, construite à partir des biomasses du référentiel indique que la biomasse totale devrait globalement augmenter au fur et à mesure que l’on progresse vers l’aval. Un déficit, par rapport à la courbe de biomasse théorique, apparaît dès la station de Montgesoye, avec une exception au niveau de la station de Rurey. Le déficit est particulièrement important sur les stations de l’aval, de Lombard à Buffard, et sur la station d’Ornans.

 

Michel HIVET